۞ HISTOIRE DE LA LIBYE
- INTRODUCTION
- LA PRÉHISTOIRE
- L'OUVERTURE AU MONDE MÉDITÉRRANEEN
- LA LIBYE GRECQUE
- LA LIBYE DANS LE MONDE ROMAIN
- L'ANTIQUITÉ TARDIVE ET LA CONQUÊTE ARABE
- LA LIBYE MÉDIÉVALE
- LA LIBYE AU XVIe ET XVIIe SIÈCLES
- LES QARAMANLI ET LA SECONDE DOMINATION OTTOMANE
- LA LIBYE COLONIALE
- LA GUERRE ET LA MARCHE VERS L'INDÉPENDANCE
La Libye tire son nom de la tribu des Lebu qui parcourait la Marmarique au début du 1er millénaire avant J.-C. Dans l'Antiquité, le nom s'applique d'abord à la région allant de l'ouest du Nil au Djebel Akhdar, puis désigna tout le continent à l'ouest du Nil. Ce n'est qu'en 1911 que l'Italie colonisatrice appliqua le nom de Libye à l'ensemble qui, dans l'Empire Ottoman, portait le nom de Tripolitaine. Il serait cependant faux de voir la Libye comme une création artificielle, née du partage colonial de l'Afrique; géographiquement, elle ne se confond ni avec le Mashreq ni avec le Maghreb ; humainement, elle tire son homogénéité d'une population berbère pratiquant le nomadisme agro-pastoral dans un solide cadre tribal.
Bien que doté d'une large façade maritime et parcouru par des routes caravanières de première importance, le pays n'a jamais été profondément imbibé des influences étrangères et les populations sédentaires n'ont jamais pris la direction exclusive des affaires. Terre de caravanes longée par des flottes, la Libye est un trait d'union entre Mashreq et Maghreb par voie maritime ou par les oasis, entre la mer et le sud saharien, le long des pistes.

Retour en hautIl y a 10 000 ans, le Sahara était couvert de savanes herbeuses peuplées de girafes, d'éléphants, de buffles, d'autruches et les wadis abritaient des crocodiles et des hippopotames. Tous ces animaux, ainsi que des scènes de fécondité ont été représentés sur les parois des galeries que les wadis ont creusées dans les plateaux du Fezzan. La chronologie est encore problématique et seule la paléoclimatologie peut apporter quelques précisions : la région a bénéficié d'une phrase humide entre 9 000 et 4 000 coupée par une phase d'aridité vers 7 000, La tendance actuelle est de situer entre 7 500 et 7 000, une première vague de gravures rupestres qui correspond à la période dite "naturaliste". Les artistes néolithiques y montrent une incroyable maîtrise tant dans la représentation des animaux que dans celle d'un imaginaire fantastique et de scènes rituelles.
Une période pastorale couvre les IVe et IIIe millénaires: on représente alors beaucoup de bovidés, des lions, des autruches, des chiens et quelques rares éléphants. La facture est beaucoup plus schématique.
Le premier millénaire voit apparaître le cheval dans les gravures (à la suite des invasions des Hyksos en Egypte au XVIe siècle acn) et le char; au 1er millénaire, la désertification étant acquise, on assista à de vastes mouvements de population vers le sud et vers la vallée du Nil. Des contacts s'établirent alors avec l'Egypte et, au-delà, avec l'Arabie mais pas - fait caractéristique - avec la Crète qui n'est distante que de 300 km Les Lebu qui s'installèrent à cette époque dans la Libye orientale étaient sans doute une branche des peuples de la mer.

Retour en hautL'OUVERTURE AU MONDE MÉDITÉRRANEEN
En 640, en pleine crise sociale du monde grec, l'oracle d'Apollon à Delphes envoya en Libye des Théréens, deux cents hommes sous la conduite de Battos. Après quelques errements, ils s'installèrent à Cyrène en 631, bientôt rejoints par des Rhodiens et des Péloponnésiens. En 600, les Grecs fondaient déjà, Taucheira, 140 km plus à l'ouest.
Les Phéniciens ne s'intéressèrent à La côte de Tripolitaine que dans les premières années du VIe siècle, comme toujours pour s'assurer des ouvertures commerciales. Ils fondèrent à la fin du siècle, trois ernporia d'ouest en est: Sabratha, Oea (future Tripoli) et Leptis -ou Lepcis- Magna.
Cette intrusion du monde méditerranéen eut pour conséquence le développement de la vie urbaine et une certaine sédentarisation dans les campagnes, une orientation nouvelle qui marqua la Libye pour plus d'un millénaire.
Retour en hautBattos et ses descendants régnèrent pendant huit générations, de 631 à 440 et cette dynastie connut les mêmes difficultés que les royautés contemporaines en Grèce : montée en puissance des grands propriétaires fonciers, exils, appels aux étrangers, répressions brutales, meurtres... Arcésilas IV perdit le pouvoir en 440. Cyrène devint donc une république sous le contrôle des grandes familles qui se maintinrent jusqu'aux Ptolémées.
Cyrène était installée sur le rebord oriental du Djebel Akhdar ; la partie occidentale était contrôlée par Barca, Taucheira et Euhespérides. La campagne avoisinante, fertile et florissante, était habitée par des Libyens sédentarisés et plus ou moins hellénisés. Le haut plateau restait aux mains des tribus fidèles au système agro-pastoral des nomades. Celles-ci fournissaient aux Cyrénéens des chevaux, des boeufs et le silphion, une plante qui poussait dans la zone subdésertique et qui, véritable panacée, se vendait à prix d'or. Les Cyrénéens vendaient aux Libyens des produits fabriqués et exportaient vers le monde méditerranéen, outre le silphion, des chevaux et surtout des céréales.
Plus au sud, les grandes tribus des Nasamons et des Maques refusaient toute pénétration grecque. Les Grecs cherchèrent donc à s'étendre vers l'ouest: le conflit devint inévitable avec les Puniques puisque la côte de la Syrtique était le point d'aboutissement des pistes caravanières qui arrivaient de l'Afrique profonde et approvisionnaient les emporia de la petite Syrte. Le conflit se conclut avec l'épisode des frères Philènes dans le dernier tiers du lVe siècle. A cette époque, la prospérité de Cyrène contrastait avec le marasme généralisé du monde grec.
En 321, Cyrène tomba entre les mains de Ptolémée, héritier de l'Egypte lors du partage de l'empire d'Alexandre et dépendit dorénavant bon gré, mal gré, d'Alexandrie. Durant cette période hellénistique, la prospérité du Djebel Akhdar, fondée sur les mêmes éléments que par le passé, se maintint et le commerce de Cyrène resta brillant.
En 96 acn, Ptolémée Apion, qui représentait les Lagides dans le Djebel Akhdar, légua ses droits aux Romains (c'est-à-dire ses domaines propres et le monopole du silphion).

Retour en hautLes cités de Sabratha, Oea et Leptis Magna étaient carthaginoises par la langue, les institutions et le culte mais jouissaient d' une large autonomie politique ce qui explique qu'en 146, lors de l'anéantissement de Carthage à l'issue des guerres puniques, les emporia s'étaient dissociés de leur voisine et se trouvaient sous les ordres de Massinissa, le roi des Numides qui, de par la volonté des Romains, était maître d'un domaine qui s'étendait de l'autel des Philènes aux hauts plateaux algériens. Lors de la guerre de Jugurtha en Iii acn, les 3 cités s'étaient rangées du côté de Rome qui garantit leur liberté.
Les cités du Djebel Akhdar, libres depuis 96, furent réduites à l'état de province en 74 en raison de la guerre contre Mithridate ; en 67, à cause de la lutte contre les pirates, Pompée unit la Cyrénaïque et la Crète sous un commandement unique. Les eînporia furent inclus à la province d'Afrique proconsulaire par Auguste en 27 acn.
Ces bouleversements ébranlèrent les rapports généralement stables entre sédentaires et nomades et ces derniers attaquèrent massivement les villes de la côte, obligeant les Romains à lancer vers le sud des opérations de grande envergure comme celle du proconsul L.Cornelius Balbus en 19 acn qui dépassa Ghadamès (Cydamus).
Les cités reprirent alors le chemin du calme et de la prospérité dès Auguste, la vie civique renaquit et les monuments sortirent de terre ; Cyrénaique et Tripolitaine connurent un vif essor aux lie et liTe siècles. Leptis Magna devint colonie en 110 et Sabratha en 157. Septime Sévère (193-211) né à Leptis Magna, lui accorda le lus italicum et lui offrit un nouveau cadre monumental.
Parallèlement, la romanisation gagnait les oueds du sud où la vie sédentaire faisait son apparition tout en s'accompagnant d'une forte présence militaire des forts furent créés à Ghadanès (Cydamus), à Gheriat et Bu Ngem ; avec des avant-postes et des fermes fortifiées, c'est tout le limes méridional qui se mettait en place. Au-delà, les Garamantes restaient indépendants et fidèles à leur nomadisme, ce qui ne les empêchait pas de trafiquer avec le monde romanisé, comme le prouve la présence de bâtiments classiques à Garama, leur capitale.
Les effets de la crise du IIIè siècle ne se firent sentir qu'avec retard en Libye. Si Bu Ngem fut évacué en 259, cela ne modifia en rien le genre de vie des populations sédentaires du sud comme le prouve le site de Ghirza, à 300 km au sud-est de Tripoli, dont la nécropole du lVe siècle est encore romaine de forme, même si elle est libyque de fond.

Retour en hautL'ANTIQUITÉ TARDIVE ET LA CONQUÊTE ARABE
Vers 300, Dioclétien divisa la Libye en 3 provinces, Libye sèche (capitale Derna), Libye Pentapole (capitale Ptolémaïs) et Tripolitaine (capitale Leptis Magna). On assista en même temps à un retour au nomadisme agro-pastoral sans doute favorisé par la montée en puissance des grandes tribus que le pouvoir romain avait brisées pour un temps. Le christianisme petit à petit triomphant fit que les monuments publics furent progressivement abandonnés et que les forums furent lotis tandis que dans les campagnes, les sols subissaient les effets de la surexploitation. Tous ces phénomènes touchaient surtout la Tripolitaine, la Cyrénaïque restant manifestement plus prospère, même si elle était par ailleurs plus agitée par les problèmes liés aux controverses religieuses.
Enfin, au Ve siècle, les Vandales firent irruption par l'ouest : ils occupèrent durablement Sabratha, laissant Oea et Leptis Magna à l'abandon. La reconquête par les Byzantins au VIe siècle ne semble par avoir été difficile, mais le pays était appauvri et malgré des efforts de fortification et de restauration, les Byzantins se retirèrent presque sans résistance devant l'attaque arabe lancée depuis l'Egypte par Ibn el-As. Généralement, les nouveaux conquérants se montrèrent tolérants:
les églises semblent avoir été abandonnées au fur et à mesure du reflux de la vie urbaine et de la sédentarité. Les dernières traces du christianisme latin datent du Xc siècle. L'Afrique était devenue l'Jfrikya. Les Fatimides portèrent le coup de grâce à la vie sédentaire et à l'exploitation agricole en lançant contre elles vers 1050 les Beni Huai et les Beni Suleim de Haute-Egypte.
Retour en hautLa période qui s'étend du XIe siècle au XVIe siècle est l'une des plus obscures de l'histoire libyenne. Les villes ont disparu; seule Oea, devenue Tripoli parce qu'elle rassemblait les habitants des 3 anciens emporia, garda une certaine activité : convoitée par les Normands de Sicile, les Hafsides de Tunisie, les Gênois et les Vénitiens, elle finit par devenir un centre de la guerre de course, un grand marché aux esclaves razziés en Méditerranée ou en Afrique centrale et une place d'échanges pour les marchands italiens. Dans la seconde moitié du XVe siècle, Tripoli était une république autonome dirigée par un conseil de notables.
Retour en hautTripoli était coincée entre les deux puissances méditerranéenne de l'époque: les Espagnols et les Ottomans. Prise en 1510 par les Espagnols, elle fut cédée par Charles Quint en 1530 aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui lui préférèrent cependant Malte, plus facile à défendre...
Enfin en 1560, Tripoli tomba aux mains de Sinan Pacha. Tout au long de cette période, les tribus restèrent l'ossature véritable de la société et de l'économie ; chacune disposait de son territoire non sans qu'éclatassent des conflits de frontière poursuivis parfois pendant des générations. Ce sont elles les véritables maîtres du pays, l'élément urbain comptant peu en dehors de Tripoli et de Benghazi repeuplée depuis peu ; c'est dire que l'autorité ottomane resta purement nominale. Les Libyens se sont formés ainsi une forte tradition d'autonomie et une pratique de la délibération au sein de la tribu.

Retour en hautLES QARAMANLI ET LA SECONDE DOMINATION OTTOMANE
La position de faiblesse des Ottomans en Libye explique une passation de pouvoir : en 1711 Tripoli tomba aux mains d'Ahmed Qaramanli qui arriva à se faire confirmer son autorité par le sultan Ahmed III. Il créa une dynastie qui allait régner jusqu'en 1835 malgré de sanglants conflits internes.
La guerre de course continuait, le commerce en Méditerranée était florissant et des accords avec les puissances européennes garantissaient l'indépendance. Mais, au début du XIXe siècle, celles-ci ainsi que les Américains, devinrent plus gourmandes: la France était à Alger, les Américains à Derna, les appétits russes étaient de plus en plus évidents. Le sultan Mahmoud Il, inquiet de l'évolution des choses, déposa de façon expéditive les derniers des Qaramanli et les Ottomans occupèrent la Libye en 1835 ; ils procédèrent à de profondes réformes administratives et militaires. Malgré cela, en 1840, Mohamed Ah es-Senoussi, qui avait quitté l'Algérie à l'arrivée des Français, établit dans le Djebel Akhdar la première zaouia (confrérie) d'où il enseignait sa vision reformée de l'Islam. Bientôt, son influence s'étendit à tout le pays, la Tripolitaine exceptée. Entre-temps, les empires coloniaux se formaient : la France était en Tunisie, l'Angleterre en Egypte; l'Italie ne voyait de possibilité d'expansion qu'en Libye...

Retour en hautSans se préoccuper de justification, le 27 septembre 1911, l'Italie attaquait la Libye et le 4 novembre déclarait la Cyrénaique et la Tripolitaine "territoires italiens". C'est contre la Libye que l'avion a été utilisé pour la première fois comme arme en 1911.
En 1912, la Turquie renonçait à sa souveraineté, ce qui ne mit en aucune façon fin au conflit, la résistance libyenne s'avérant irréductible. Durant 20 ans, la lutte continua marquée par la répression du général Graziani qui reconnaît dans ses mémoires qu'il a fait déporter dans le désert, dans les années 30, quelques 80 000 bédouins qui y sont morts, et, en vérité, la Libye a perdu 40% de sa population dans la lutte contre les Italiens. La colonisation ne commença vraiment qu'en 1931 : mise en valeur agricole, développement des villes, fouilles archéologiques, construction des routes... et répression.
Retour en hautLA GUERRE ET LA MARCHE VERS L'INDÉPENDANCE
En juin 1940, Mussolini engagea l'offensive en direction de l'Egypte. En février 1941, les Anglais entraient à Benghazi. Les Italiens appelèrent les Allemands à l'aide et la Libye orientale connut alors des affrontements meurtriers - Tobrouk, el-Alamein, Bir-Akeim - jusqu'à ce qu'en janvier 1943, Montgomery entre à Tripoli.
Tripoli avait subi de forts bombardements et les Allemands avaient fait sauter le port avant de se retirer, mais la Cyrénaique avait tout perdu. L'émir Idriss avait conclu un accord avec les Britanniques en vue de former un comité anglo-libyen pour préparer un gouvernement libyen. Il fut accueilli en triomphateur en Cyrénaique en 1945 et proclama l'indépendance de la région le 1er mars 1949.
La Tripolitaine sous administration britannique aspirait elle aussi à l'indépendance ; le Fezzan était occupé par les Français. Lors de sa 4ème session, le 21 novembre 1949, l'ONU décréta que la Libye devait devenir un état souverain et indépendant sous la forme d'un royaume fédéral. Après des préparatifs longs et complexes, le 24 décembre 1950, l'indépendance était proclamée, Idriss était le premier roi. Le soir du 31 août 1969, presque sans effusion de sang, un petit groupe d'officiers renversèrent le régime. Ils se présentaient comme les membres du Conseil de Commandement de la révolution. Parmi eux, un capitaine de 27 ans : Moammar Qadhafi.
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